© Tribune de Genève; 08.11.2007; page 7


Quand Lénine fêtait l’Escalade à Genève


HISTOIRE. Pendant 22 ans, le fondateur de l’Union soviétique a vécu en Suisse, alternant éclipses et longs séjours en nos murs.


Le destin de la Russie moderne s’est noué en Suisse. C’est à Genève, Berne puis Zurich qu’un petit intellectuel barbichu et chauve du nom de Vladimir Ilitch Oulianov a conçu les axes de sa philosophie politique et organisé le futur Parti communiste de l’Union soviétique. Cet Oulianov était suivi de près par les inspecteurs de la Sûreté genevoise, comme les nombreux réfugiés politiques. Dans l’un de ses rapports daté du 29 septembre 1911, l’inspecteur genevois Müller relève que ledit Oulianov se fait nommer «Lénine» et «qu’il est connu de nos services».

Toutefois, ce rédacteur habillé en petit-bourgeois n’a rien d’un de ces anarchistes régicides qui, en 1898, ont fait à Genève une bien mauvaise pub en poignardant l’impératrice d’Autriche. La police surveille ce Russe qui vit à Sécheron, puis à la Jonction dans des logis fort prolétaires. Mais elle le laisse agir à sa guise.

Activité débordante

Et pourtant, Lénine déborde de projets en Suisse. Après un premier séjour dès mai 1895 – il n’a alors que 25 ans – Vladimir Illich retourne à Genève en 1900 puis de 1903 à 1905 et en 1908. Il passe la fin de sa période helvétique à Berne puis à Zurich. A Carouge en août 1904 – selon l’excellent site Internet www. lenine. ch – il réunit la Conférence des 22 bolcheviques qui jette les bases de l’action politique de l’aile dure du Parti social-démocrate russe contre les «mous» de l’aile menchevik. Il crée et organise divers journaux socialistes russes. Cette frénétique activité journalistique se double d’une autre tout aussi intense: la rédaction de livres théoriques sur l’action politique. C’est en effet en Suisse que Lénine a rédigé la plupart de ses ouvrages qui vont secouer la planète. Ces textes vont servir à la formation intellectuelle des futurs dirigeants de l’Union soviétique et des partis communistes internationaux.

Les consignes aux Suisses

Il lui reste peu de temps pour les loisirs. Toutefois, il fête l’Escalade 1904 avec un entrain qui sidère ses amis qui l’ont vu danser dans les rues de Genève pour fêter avec le peuple la victoire sur l’infâme duc de Savoie!

Lénine a également tissé des liens très étroits avec l’aile gauche du Parti socialiste suisse. Son bras droit est le conseiller national de Zurich Fritz Platten. C’est lui qui, avec les autres chefs socialistes, organise le retour de Lénine en Russie après la chute du tsar en 1917. Fritz Platten suit Lénine à Petrograd (Saint-Pétersbourg) où il restera son homme de confiance. Comme les autres vieux compagnons de Lénine, le Suisse sera expédié par Staline au goulag. Il y mourra en 1942.

Avant son départ de Zurich en Russie, Lénine édicte ses consignes aux socialistes suisses. L’une d’entre elles: bien accomplir son service militaire. Afin de se préparer pour la Révolution!


Jean-Noël Cuénod