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Séisme en haïti

Je souffre pour Haïtí

Il n’y a pas de "malédiction"

vendredi 15 janvier 2010, par Alí Ramón Rojas Olaya


« Frères et amis. Je suis Toussaint Louverture ; vous connaissez déjà mon nom, à force de l’entendre. J’ai entrepris de venger ma race ; je veux que règnent la liberté et l’égalité à Saint-Domingue. Je travaille à les faire exister. Unissez-vous, mes frères, et combattez pour la même cause. Déracinez avec moi l’arbre de l’esclavage ! »

Voir en ligne : Traduction : Michel Collon pour Investig’Action – michelcollon.info





Dans un des nombreux messages que m’envoie Eduardo Sanoja depuis Agua Vive, je lis : « Je souffre pour Haïti. » J’ai immédiatement répondu : « Haïti m’a toujours fait souffrir. » Et comment ne pas pleurer sur Haïti, la patrie d’Anacaona, Indienne de race, prisonnière du cacique Canoabo ? Voir les images des « belles figures de ces belles personnes » souffrant du tremblement de terre, c’est comme voir souffrir un frère. Haïti, c’est un peuple aguerri, solidaire et généreux.


Mais peut-être savez-vous peu de choses sur ce pays ? Quand j’ai interrogé quelques étudiants, ils m’ont répondu :

« Ils pratiquent le vaudou » et « Les Haïtiens vendent des crèmes glacées Tio Rico et Efe » . Disons que le vaudou compte parmi les plus vieilles religions du monde, à cheval entre polythéisme et monothéisme. Le trafic d’esclaves vers l’Amérique avait produit une fusion très forte entre cette religion archaïque et les croyances chrétiennes des esclavagistes, et aussi avec les religions des pays d’origine des esclaves. Ainsi naquit le vaudou, avec un grand nombre de variantes : la Regla de Ocha o Santeria à Cuba, le Candomblé, la Umbanda y Kimbanda au Brésil, etcétera. Quant à la vente des glaces, je dirais que les Haïtiens sont ainsi : affectueux, aimant les enfants, vendant de savoureuses crèmes glacées de toutes les couleurs, tout en sachant qu’on les exploite.


Haïti partage avec la République Dominicaine l’île La Espanola, mer de beauté vide au royaume d’Agué, le dieu vaudou des océans. Un pays où paraît s’évanouir le sentiment même de la vie. Un pays dont on ne sait s’il sera à même de nourrir longtemps encore sa charge humaine. Ne disposant ni de pétrole, ni d’électricité en suffisance, la plupart des Haïtiennes et Haïtiens n’ont que le charbon de bois comme combustible, bien qu’ils sachent que ceci fait disparaître les derniers arbres de l’île. Ce peuple lutte contre la faim, et ceci doit nous faire souffrir, nous Vénézuéliens. Le port de Jacmel, sur la côte haïtienne, a donné asile, protection et affection à deux des plus illustres héros du Venezuela : Miranda et Bolivar. Coïncidence étrange, qui semble unir à travers le temps, les nations haïtienne et vénézuélienne dans la lutte pour la Libération. (…)

Toussaint Louverture
Haïti fut le premier Etat de Noirs libres du monde le premier pays d’Amérique qui ait réussi à conquérir son indépendance, après les Etats-Unis. Cela se produisit en 1804. On pourrait croire que le mouvement d’indépendance fut lancé par l’ex-colonie anglaise, mais les caractéristiques de la lutte haïtienne nous en apprennent bien davantage sur son originalité et ses répercussions possibles dans toute l’Amérique latine. A Haïti, ce sont les esclaves noirs qui réussirent à opérer la séparation d’avec la métropole. Aucune autre révolte d’esclaves en Amérique n’atteignit ce résultat. De plus, l’armée qu’ils réussirent à vaincre était considérée comme la meilleure du monde, à savoir l’armée française bonapartiste. Pour mieux comprendre cette lutte, il est nécessaire de connaître la figure de celui qui prit la tête de cette rébellion, François Dominique Toussaint-Louverture, un des plus importants chefs américains de tous les temps, immortalisé par le penseur de la Trinité C. R. L. James dans son oeuvre “Les jacobins noirs”.
 
A partir de cet événement, Haïti se constitue en sanctuaire de la Liberté américaine, où viennent se réfugier des hommes et des femmes venus de tout le continent et des îles, cherchant protection contre une persécution implacable par tous les empires de l’époque. Lesquels, sans être propriétaires, s’étaient néanmoins réparti tous les territoires. Le peuple haïtien les recevait et les aidait en solidarité avec la libération de leurs peuples. Jean Jacques Dessalines, premier président et père de la patrie, prônait la liberté des hommes et fournissait une aide solidaire à quiconque accostait sur les côtes haïtiennes en quête de liberté. Sa stratégie politique consistait à appuyer quiconque luttait pour libérer son peuple, et de cette manière il renforçait la libération du sien. La première Constitution de la République d’Haïti stipulait que toute personne arrivant sur le sol haïtien du fait de sa lutte de libération était considérée comme un citoyen haïtien et traitée comme telle.


Le premier président haïtien élu démocratiquement, en février 1991, fut le prêtre Jean-Bertrand Aristide. Sept mois plus tard, il fut renversé par un coup d’Etat militaire, mais revint à la présidence de la république en 1994, avec l’appui de la communauté internationale. Notamment des Etats-Unis. Non que l’Empire s’intéressât au système démocratique de ce pays, mais il voulait freiner l’exode des Haïtiens vers Miami. Ce qui provoquait cet exode, c’était la répression et la détérioration des conditions de vie de la population, détérioration engendrée par la dictature elle-même.


En décembre 95, René Préval fut élu président. En novembre 2000, de nouvelles élections présidentielles entraînèrent le retour d’Aristide à la présidence à partir du 7 février 2001. Mais celui-ci fut à nouveau renversé par la CIA et le gouvernement français en 2004. Séquestré, expulsé (sous bonne garde d’agents de la CIA) et éloigné du pays (envoyé en Afrique du Sud).


Son crime ? Il avait demandé l’annulation de la dette du pays (22 milliards de dollars) envers l’Etat français. Aujourd’hui, Haïti est un pays profondément déchiré par des fractures sociales, des crises économiques et la violence politique, produits par vingt années d’irresponsabilité des élites haïtiennes, d’un côté, et par la communauté internationale, de l’autre.


Dès le lendemain de son indépendance, le peuple haïtien fut puni pour avoir osé défié toutes les puissances impériales de l’époque. A présent, il continue sa lutte contre la faim, contre Richter. Ne l’abandonnons pas, ne le laissons pas isolé de ses frères américains et africains. Nous appelons à la solidarité afin de pouvoir soulager ce peuple victime d’un tremblement de terre, mais victime depuis toujours de l’extrême cruauté des empires français, espagnol, allemand, portugais et étasunien. 
 


Alí Ramón Rojas Olaya Caracas

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    Haïti : sauver les meubles… du capital, et laisser crever les prolétaires !

    Des barrages de cadavres. Voilà ce que les prolétaires de Port-au-Prince ont dressé en travers des rues huit jours après le tremblement de terre. « Ils protestent contre le manque criant de secours d’urgence », nous dit-on. Au-delà de cette évidence à laquelle les medias préfèrent s’en tenir, comment ne pas voir que ces prolétaires survivants en sursis renvoient à la face de cette société, de sa classe dominante mais également de tous ses braves citoyens : ce sont vos morts, ils sont morts de l’entassement dans lequel nous vivions, si peu a été entrepris pour sauver les survivants des premiers jours et depuis lors vous nous laisser crever dans ce charnier géant. En effet, ce n’est pas aux prolétaires d’Haïti qu’il faut expliquer que les Etats aujourd’hui mobilisés sur l’île se foutent bien de leur sort. Ainsi que nous le dénonçons régulièrement avec force dans notre presse, militaires et humanitaires sont plus que jamais les deux faces d’un même programme étatique visant à casser sur le terrain toute solidarité de classe, toute action directe pour la survie. Déjà en temps « normal », dans une région qui a son histoire riche en soulèvements, les prolétaires sont bien placés pour se rendre compte dans quel camp travaille le secteur humanitaire (indépendamment des bonnes intentions individuelles) et a fortiori les Nations Unies : le camp du maintien de la paix, de la paix sociale, du maintien de l’ordre, ou encore du fameux « développement », c’est-à-dire le développement du profit et de l’exploitation, par la destruction de toute pratique autonome de survie et de lutte de notre classe. Dans les faits, toutes ces préoccupations fondamentalement capitalistes d’encadrement, de domestication, de mise au pas civilisatrice sont inséparables de la répression brutale des luttes par les armes et la torture. Il ne se trouvera pas beaucoup de prolétaires pour pleurer les morts de la « Minustah », la mission de l’ONU en Haïti !

    Face au désastre que provoque un tel tremblement de terre au sein d’une telle concentration purement capitaliste de misère (soulignons-le), et tandis que la bourgeoisie pleure des larmes de crocodile sur ce qu’elle aime nommer une « crise humanitaire », le rôle de ses agents de « bienfaisance » ne fait que se confirmer. Un porte-avions américain mouille au large d’Haïti, avions civils et militaires défilent en une ronde incessante sur la seule piste opérationnelle de l’aéroport (très rapidement contrôlée par l’US Army),… mais ce n’est pas pour sauver des prolos de Haïti que cette débauche de moyens est mobilisée. Il y a bel et bien secours d’urgence… mais pour le capital : rétablir l’Etat, défendre la propriété privée, assurer l’approvisionnement et la logistique des forces de l’ordre (journalistes inclus) et des institutions stratégiques (ONU, ambassades,…), sauver ses propres ressortissants (y compris des décombres des hôtels de luxe), et surtout redéployer une présence militaire internationale durable, dans le but essentiel de ne pas laisser s’organiser les prolétaires révoltés par leur situation, fruit de la haine bourgeoise internationale, historique et présente, à leur égard. Quand la bouffe et l’eau arriveront aux portes des quartiers populaires dévastés (et au bout de dix jours ce n’est toujours pas le cas !), la distribution parcimonieuse sera comme toujours subordonnée à la docilité et à la soumission de ses bénéficiaires.

    Tandis que l’on extrait quelques survivants des ruines devant les caméras et que l’on tente de nous convaincre que « toutes les couches sociales » sont indistinctement touchées, les télés du monde entier diffusent en boucle les images de prolos armés de machettes « faisant la loi dans la rue ». Dans leur entreprise commune de division de notre classe, medias internationaux et presse gauchiste sont à nouveau en puante connivence pour nous resservir leurs clichés racistes selon lesquels les hordes de démunis négroïdes, face au délitement de l’Etat, retournent avidement à leur effrayant état de nature, celui de la guerre cannibale de tous contre tous. On nous les décrit tantôt mus par « le désespoir », tantôt par « la cupidité », organisés en bandes qui sèment la terreur pour « s’approprier » les vivres et dont les rangs se grossissent certainement des 6000 prisonniers qui sont parvenus à s’évader à la faveur du séisme. Révulsés par cette déferlante vague de bestialité, nous voilà conviés à applaudir le déploiement salvateur des dites forces de « sécurisation » tout en versant notre obole culpabilisée aux numéros de compte affichés à l’écran des shows télévisés de la « solidarité ».

    Derrière ce lieu commun journalistique de la « multiplication de scènes de pillage » se cache (mal) un paroxysme de cynisme capitaliste, un fleuron notable dans les progrès accomplis en matière d’inhumanité par la dernière –et la plus « civilisée »- des sociétés de classe : tandis que « tout est désorganisé » et que l’Etat s’est soi-disant évaporé dans le séisme, flics et soldats patrouillent en armes au milieu des gravats et des monceaux de cadavres en décomposition pour empêcher (à balles réelles) les prolétaires affamés et assoiffés de fouiller les décombres de magasins à la recherche de ce qui leur permettrait, à eux et leurs enfants, de ne pas crever comme des chiens ! Voilà ce qu’est la prosaïque réalité de la lutte contre les infâmes bandes de pillards ! Voilà qui rappellent furieusement –oui, furieusement !- la situation à la Nouvelle-Orléans après le passage de l’ouragan Katrina en été 2005.

    Et comme pour la Louisiane, lorsque la bourgeoisie et ses commentateurs évoquent avec une émotion et un empressement obscènes les perspectives de « reconstruction », on ne peut douter que les investissements à consentir, animés du plus pur désintéressement, ne manqueront pas de suivre avec zèle les plans de nettoyage social déjà sortis des tiroirs des Q.G. de la gendarmerie mondiale.

    Alors les prolétaires renvoient la politesse aux crapules larmoyantes du monde entier : venez déblayer vous-mêmes ces barrages de cadavres dressés contre l’hypocrisie meurtrière de votre société, c’est bien celle-ci et pas « l’injustice de la Providence » ou « la nature » qui les a produits !

    *22 janvier 2010*
    Références de quelques articles de notre organe central en français :

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