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ELECTIONS PRESIDENTIELLES RUSSES

Le candidat du Parti communiste, plus que jamais leader de l’opposition au régime des oligarques avec 17% des voix, dénonce des fraudes massives

POUTINE LE TRICHEUR BOURRE LES URNES

mercredi 7 mars 2012

On aurait pu écrire le résultat de cette élection avant même son déroulement, Vladimir Poutine revient à la tête de l’Etat russe, pour un mandat de six ans cette fois. Le candidat communiste Guennadi Ziouganov reste plus que jamais le premier représentant de l’opposition au régime des oligarques.

Après le décompte de plus de 55% des bulletins, il n’y a plus de suspense, le candidat du pouvoir et du parti de l’ordre Vladimir Poutine est élu président de la Fédération de Russie avec 64% des voix.

Derrière, le candidat du Parti communiste (KPRF), avec 17,1% des voix, devance plus que jamais l’opposant officiel, le leader d’extrême-droite Vladimir Jirinovski (6,7%), et les « oppositions de sa Majesté », les vieux amis de Poutine, le vieux politicien de centre-droit Serguei Mironov (3,7%) et le milliardaire Mikhail Prokhorov (6,9%).

Tout semblait écrit à l’avance dans un contexte de fraudes massives commises dans la plus totale impunité, à tel point que le président Dmitry Medvedev pouvait se permettre à quelques jours du scrutin de lancer à une série d’opposants « officiels » du régime que le « scrutin présidentiel de 1996 n’avait pas été remporté par Eltsine »et que la fraude avait alors empêché Ziouganov de devenir président !

Un triomphe d’autant plus surprenant en apparence que la colère gronde depuis plusieurs semaines en Russie. Contrairement aux allégations des médias occidentaux et du pouvoir poutinien, ce ne sont pas une poignée d’agitateurs libéraux qui la mènent. Dans l’immense majorité des cas, les communistes avaient pris la tête des manifestations d’opposition au régime.

L’excellent score réalisé aux législatives (20%, soit une progression de 90%) masquait sans nulle doute un résultat bien meilleur, sans doute égal ou supérieur à celui de Russie Unie, selon plusieurs centres d’estimation indépendants. Le pouvoir a eu peur d’un deuxième tour face au candidat communiste comme en 1996, si ce n’est indécis, en tout qui aurait remis en cause la légitimité supposée incontestable du président Poutine.

Les raisons de la colère populaire, des conditions de vie qui ne soutiennent pas la comparaison avec l’époque soviétique

Les origines du mécontentement populaire massif au sein de la population russe remontent à loin, ils ne sont pas le simple produit de la crise capitaliste actuelle. Ils remontent à 1991, la liquidation de l’Union soviétique et du modèle social égalitaire qu’il portait, avec toutes ces imperfections.

La décennie 1990 reste une « decennis horibilis » pour les Russes, la privatisation de la moitié des entreprises d’État, bradées à une poignée d’oligarques conduit à la chute de la production, de moitié, et à l’appauvrissement général. Les conséquences sociales sont dramatiques.

Cinq millions de russes « disparaissent » entre 1991 et 2001, un déficit qui ne peut s’expliquer seulement par des raisons naturelles. Selon la revue médicale britannique Lancet, au moins un million d’hommes russes en âge de travailler seraient morts depuis 1991en conséquence directe de la privatisation du système de santé. Mais les chercheurs, très prudents, émettent l’hypothèse que le chiffre réel était bien supérieur.

L’ère Poutine a conduit à un rétablissement de l’ordre politique nécessaire au développement capitaliste, alors que le « capitalisme sauvage » d’Elstine conduisait à une impasse pour les « nouveaux riches » même. Néanmoins, Poutine a poursuivi sur la même voie, celle des privatisations mais encadrées, celle d’un modèle de croissance basé sur la rente pétrolière et gazière et la casse de l’appareil industriel national, celle de la compétitivité internationale par la compression du coût du travail.

Les indicateurs sociaux ne peuvent masquer une misère réelle dans la population russe.Le pays compterait 24,5 millions de pauvres(18% de la population) mais 40% des Russes s’estiment pauvres. Derrière les 6 millions de chômeurs reconnus selon les critères du BIT, une pratique du sous-emploi et des bas salaires généralisée.

Enfin, le salarié russe moyen est aujourd’hui plus pauvre que le salarié moyen soviétique en 1991. Le salaire moyen réel en Russie (500 euros par mois) est encore en 2001 selon les chiffres du Rosstat (INSEE russe) inférieur à 5% à celui de 1991.

Et derrière ce salaire réel se cachent des profondes inégalités.Le salaire minimum, que touchent 30% des salariés russes, s’élève à 100 euros par mois, au moins 25% en-dessous du minimum vital pour survivre.

Le différentiel entre les 10% les plus riches et les 10% les plus pauvres est de 1 à 60.Le pays compte en 2011 101 milliardairessoit deux fois plus qu’en 2008. Les milliardaires ne connaissent pas la crise ! En 2008, 16 d’entre eux étaient députés de Russie Unie. On est jamais aussi mieux servi que par soi-même.

Des fraudes massives, du « tour de manège » aux « âmes mortes » !

On comprend mieux la nécessité pour le pouvoir d’orchestrer cette grand-messe électorale comme une forme de légitimation d’un pouvoir de plus en plus illégitime, de frauder un résultat censé apporter une caution au régime de la corruption et de la fraude.

Néanmoins, les fraudes ont atteint des niveaux inédits, que les commissions d’observateurs du Parti communiste dénonçaient heure par heure aux quatre coins du pays. Ivan Melnikov, numéro 2 du Parti communiste russe, souligne des cas risibles où le nombre de votants a excédé le nombre d’inscrits. En voici un petit aperçu édifiant :

- Le refus sans raison valable des observateurs du Parti communiste ; à Volgograd, deux observateurs ont été interdits d’entrer dans un bureau de vote sous prétexte qu’ils n’étaient pas à jour... du vaccin contre la rougeole ! A Tula, le véhicule des observateurs communistes a malencontreusement trouvé ses roues crevées avant le départ. A Krasnodar et à Tambov, les observateurs se sont trouvés emmurés chez eux, incapables de sortir le jour du scrutin ;

- Le vote organisé par les entreprises privées, massif et « légal », le scrutin était alors organisé dans des urnes portatives entreposées sur le lieu de travail et rapportées ensuite au bureau de vote le plus proche. Les observateurs étaient absents de ces entreprises, et les travailleurs ont alors voté sous la supervision de leurs patrons ;

- L’emploi de « nouvelles technologies » frauduleuses ; Melnikov donne l’exemple du vote à Dzerjinsk avec une nouvelle technologie de décompte du vote dite « KAIB » sauf que les bulletins comptaient déjà une imperceptible encoche en face du nom de Poutine. Chaque bulletin blanc passait dans la machine comme un vote pour Poutine, chaque vote pour un autre candidat passait pour un vote nul ;

- le « tour de manège » ; sans doute la fraude la plus massive, rendue possible aussi par l’éventualité légale de voter ailleurs que dans son bureau de vote de référence. Les commissions d’observation du Parti communiste ont repéré des dizaines de ces cars dans toute la Russie composés à leur tour de plusieurs dizaines de personnes qui font ainsi le tour de Russie en votant dans chacun des bureaux compris dans le « Tour ». Une pratique dénoncée par le Parti notamment à Orenburg, ou encore à Novossibirsk, bien qu’elle fut la plus signalée à Moscou naturellement ;

- les « âmes mortes » ; telle est la référence littéraire privilégie par l’observateur local du Parti communiste d’Orel. Alors que le Tchitchikov de Gogol achetait les propriétés des « âmes mortes » des serfs pour réaliser de petits profits, les agents du pouvoir achète les voix des « âmes mortes », c’est-à-dire de personnes décédées mais encore présentes sur les listes électorales. A Orel, le nombre de personnes désirant voter par correspondance avait explosé avant le scrutin, et il s’est avéré qu’un certain nombre d’entre eux avait passé la date de péremption ;

Les communistes refusent de reconnaître ce scrutin illégitime et construiront la lutte contre ce régime corrompu

Ivan Melnikov, vice-secrétaire du Parti communiste et responsable de la vigilance par rapport aux fraudes électorales, est clair sur le sens à donner à cette farce électorale « Nous regrettons de devoir dire que nous pouvons considérer ces élections ni comme justes ni comme libres. Ce n’est que la confirmation d’une campagne où s’est manifesté un contrôle dictatorial total sur les moyens médiatiques ».

Le candidat communiste Guennadi Ziouganov a osé dresser le parallèle avec le scrutin douteux de 1996 qui avait vu la victoire de Boris Eltsine et annonce avec résolution :« Nous ne pouvons reconnaître ces élections, nous les considérons comme injustes, illégitimes et frauduleuses ! ».

Le secrétaire du Parti communiste a annoncé sa détermination à continuer la lutte contre la fraude électorale, sans illusions tout en indiquant que la lutte à venir serait à mener sur un autre terrain, l’organisation de la colère :

« Nous avons toute une organisation prête à se battre pour les idées que nous avons défendu pendant la campagne. Nous allons tout faire pour le faire de façon pacifique et démocratique, mais nous allons intensifier la pression dans la rue, et pour continuer la bataille des idées, à partir de l’organisation  ».

Voir en ligne : Voir aussi : sans la fraude, les communistes auraient gagné les élections présidentielles de 1996

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