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Quand l’anticommunisme fait des féodaux intégristes les héros de l’Occident

lundi 22 décembre 2003, par Militant


Hier, nos démocrates, nos défenseurs de l’école laïque menacée par des jeunes filles portant le foulard islamique, soutenaient sans vergogne, en Afghanistan, ceux qu’ils appelaient les combattants de la liberté. Que ces derniers affrontaient un pouvoir qui voulait faire sortir le pays du Moyen-Age n’avait pas d’importance. Que ce pouvoir avait décidé d’éradiquer l’analphabétisme constituait une question secondaire. Et que le gouvernement de Kaboul avait rendu non obligatoire le port du foulard pour les femmes n’avait aucune espèce d’importance. Les gens de Kaboul étaient liés à l’URSS, et l’armée soviétique “ occupait ” leur pays. Alors les moudjahidine islamistes étaient des résistants, des libérateurs ; le soutien politique et militaire de l’Occident chrétien et impérialiste leur été tout acquis, et il ne leur fit pas défaut. Cela va bientôt faire cinq ans que Kaboul est tombé entre leurs mains. Et nos démocrates en sont presque devenus muets. Il faut de forts verres grossissants pour apprendre dans notre presse libre l’ampleur des exactions et crimes commis par les héros de l’Occident. Quant au sort de la population de Kaboul, qui vit terrée dans des caves, il n’intéresse guère nos interventionnistes humanitaires, genre Koutchner ou Bernard Henry Levy, pourtant si prompts à s’enflammer pour Sarajevo. le cas du Yemen Entre 1990 et 1993 se déroula un processus d’unification entre le Nord et le Sud. Le Nord-Yemen était un Etat où le mot démocratie n’avait guère de sens et d’économie capitaliste dépendante. Le Sud se définissait comme un Etat national, démocratique à orientation socialiste. Il était dirigé par le Parti socialiste yéménite. Ce parti est composé de militants nationalistes formés dans la lutte contre le colonialisme britannique et de militants marxistes. Le processus de fusion n’allait a priori pas de soi. Mais la situation s’aggrava quand les dirigeants du Nord ne respectèrent pas les engagements pris, quand des cadres et des militants du PSY furent assassinés. Dans ce contexte certaines décisions, notamment celles découlant des privatisations, provoquèrent une crise économique. C’est alors qu’émergea un nouveau parti : le parti yéménite de la réforme ou Islah. C’est sur ce parti que s’appuyèrent les dirigeants du Nord pour tenter d’isoler le PSY. Qu’importe que le Islah soit d’orientation islamiste dans le genre des Frères musulmans égyptiens. Qu’importe qu’il ait le soutien de l’Arabie séoudite et de la CIA ou que son fer de lance soit, ici aussi, des anciens d’Afghanistan. Qu’importe que ses combattants se soient formés au Soudan, pays islamiste des plus réactionnaires mais parfaitement fréquentable même par Pasqua quand il s’agit de faire enlever Carlos. Avant le déclenchement de la guerre qui engloutit le régime du Sud, il y eut une très forte régression des droits de la femme qui n’étaient jusque là qu’assurés qu’au Sud. C’est désormais la nuit pour le peuple du Yemen, mais l’Occident a conquis un bastion. le cas du Tadjikistan Cette petite république, ex-soviètique, présente la particularité d’être encore dirigée par un parti stalinien. Géographiquement elle se situe au nord de l’Afghanistan. Le pouvoir de Douchambé, la capitale tadjike, fait face à une opposition armée soutenue par le régime de Kaboul et utilisant le territoire afghan comme base arrière. La presse bourgeoise baptise sans rire cette opposition d’islamo-démocrate. Si personne ne sait très bien ce que regroupe la composante “ démocrate ”, il n’en va pas de même pour les islamistes. Décrivant la situation le Monde du 17 juillet 1993 faisait cette observation qui mérite toute notre attention : “ Quatre ans après le retrait soviétique d’Afghanistan, on pourrait croire (...) que le même scénario recommence, cette fois à l’intérieur de l’ex-URSS. ” On pourrait croire, quel euphémisme ! On peut en être sûr, oui ! Outre le soutien des dirigeants de Kaboul ; l’opposition islamiste tadjik ressemble comme une soeur aux anciens moudjahidine afghans. Même slogan : en finir avec les communistes. Même perspective : établir une république islamiste. Mêmes méthodes. En cas de victoire de ces nouveaux héros de l’Occident, on peut être sûr qu’on obtiendra les mêmes résultats. Mais ne comptez pas sur les démocrates occidentaux ne serait-ce que pour dénoncer verbalement les agissements de ce beau monde. On ne dénonce pas des vassaux tant qu’ils servent les desseins du suzerain. Les preux chevaliers croisés de France combattent des jeunes filles.

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