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La principale autorité de l’islam s’en prend au voile intégral

jeudi 15 octobre 2009

Trop c’est trop. L’Université d’Al-Azhar au Caire, qui fait référence dans l’ensemble du monde arabo-musulman, a décidé d’interdire le port du niqab (le voile intégral cachant le visage) dans les cours réservés aux filles et donnés par des femmes. Les étudiantes devront également s’abstenir de le porter dans la résidence universitaire de cette prestigieuse institution islamique.

C’est en fait une écolière de 12 ans qui a mis le feu aux poudres il y a quinze jours. Appelons-la Leïla. Couverte de la tête aux pieds, elle a suscité l’ire du grand imam d’Al-Azhar, Mohammed Sayyed Tantaoui, qui rendait une banale visite dans une école tenue par la célèbre institution religieuse. « Le niqab n’est qu’une tradition ! Il n’a pas de lien avec lareligion, ni de près ni de loin », s’est-il emporté, exigeant de l’enfant qu’elle ôte le voile et montre son visage aux autres filles et à l’institutrice.

Ni une ni deux, le haut conseil d’Al-Azhar a prononcé l’interdiction dans la foulée. « Car l’insistance de porter le niqab en présence de femmes est un genre de rigorisme rejeté par la charia islamique. » Certes, il n’est pas question d’en empêcher le port dans la rue ou au travail, mais cette importante autorité de l’islam sunnite veut éviter que le rigorisme ne soit « gravé dans la mentalité des jeunes filles ».

Pourquoi ce soudain accès de colère ? C’est que la montée du port du voile intégral commence à inquiéter les autorités et certains responsables religieux, qui y voient un signe de progrès de l’islam fondamentaliste, dans un pays déjà très conservateur. Pour l’instant, la grande majorité des Egyptiennes musulmanes s’en tiennent au simple hijab, le foulard cachant les cheveux et le cou. Mais elles sont de plus en plus nombreuses à vouloir voiler leur visage.

L’influence des djihadistes et des chaînes satellitaires

« C’est un phénomène récent, le niqab est étranger à la culture égyptienne », explique à Genève Hasni Abidi, qui dirige le Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam). « On peut y voir l’influence de l’islam pratiqué dans le Golfe, très présent sur les chaînes satellitaires. Ou encore l’impact des djihadistes revenus d’Afghanistan avec leurs familles. Une importation culturelle qui fait peur en Egypte. »

Avant-hier, le ministre de l’Enseignement a ainsi décidé de réactiver une directive de 1995 interdisant le port du niqab. Il y a quelques mois, le ministre de la Santé en faisait autant pour le personnel soignant.

« Les autorités veulent montrer qu’elles ne laisseront pas faire », poursuit Hasni Abidi. « Un message clair à tous les fondamentalistes. Et aux Frères musulmans. Le principal mouvement d’opposition s’est emparé de cette affaire, défendant le droit des femmes à porter le niqab, au nom de la liberté de religion. »

ANDRÉS ALLEMAND La Tribune de Genève

Voir en ligne : TdG

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